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Rémunération

Compression salariale : causes, diagnostic et solutions (guide 2026)

Le guide de référence sur la compression salariale pour les équipes RH et C&B : compression ou inversion, pourquoi elle s'accumule en Europe, les indicateurs qui la révèlent, comment financer et échelonner la correction, et pourquoi la transparence salariale va la rendre visible.

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Machine à écrire grise vintage avec une feuille de papier où l'on lit "Salary check", devant un feuillage vert

La compression salariale se produit lorsque l’écart de rémunération entre des salariés ayant une expérience, une ancienneté ou des responsabilités différentes se réduit au point de ne plus refléter la différence entre leurs postes, par exemple lorsqu’une nouvelle recrue gagne presque autant, voire plus, qu’un collègue qui occupe le même poste depuis cinq ans. On parle aussi de tassement ou d’écrasement des salaires, et lorsque l’écart s’inverse, il s’agit d’une inversion salariale.

En Europe, la compression a trois moteurs en 2026 : les primes à l’embauche sur un marché tendu, les hausses du salaire minimum qui relèvent le bas de la grille (le SMI espagnol a augmenté de 66 % depuis 2018 ; le salaire minimum allemand passera à 14,60 € en 2027), et des budgets d’augmentations au mérite qui évoluent plus lentement que le marché. Et une fois la directive européenne sur la transparence salariale transposée, les salariés pourront demander des données de rémunération qui rendront la compression visible.

Ce guide présente les types de compression, ses causes, les indicateurs pour la diagnostiquer (avec un tableau de diagnostic commenté), les moyens de la corriger, le coût de la correction comparé à celui des départs, ainsi que les données 2026 d’offres d’emploi de TalentUp sur la pression du marché qui l’alimente.

Points clés

  • Compression = l’écart entre niveaux ou groupes d’ancienneté s’est réduit ; inversion = il s’est inversé.
  • Principales causes : primes à l’embauche, hausses du salaire minimum, budgets de mérite faibles, fourchettes obsolètes et exceptions à l’embauche.
  • Diagnostiquez-la avec quatre indicateurs : écart nouvelles recrues/salariés en poste, compa-ratio par tranche d’ancienneté, progression réelle vs prévue entre grades et ratio manager/équipe.
  • Dans les données TalentUp 2026, le quartile supérieur des offres de développeur junior chevauche le quartile inférieur des offres senior en Espagne, en Italie, aux Pays-Bas et en France.
  • Corrigez-la avec une enveloppe distincte d’ajustements d’équité, des corrections échelonnées et un traitement de la cause, et documentez les critères en vue de la transparence salariale.

Qu’est-ce que la compression salariale ?

La compression salariale est un problème structurel : elle concerne la distance entre les niveaux de rémunération, pas une seule personne sous-payée. Une structure de rémunération saine maintient un écart significatif et explicable entre un junior et un senior, entre le grade 3 et le grade 4, et entre un manager et son équipe. La compression érode cet écart ; l’inversion le renverse.

Compression salariale vs inversion salariale

Compression salariale Inversion salariale
Ce qui se passe L’écart se réduit L’écart s’inverse
Exemple Une nouvelle recrue gagne 97 % du salaire d’un collègue présent depuis cinq ans Une nouvelle recrue gagne 108 % du salaire d’un collègue présent depuis cinq ans
Déclencheur typique Budgets de mérite inférieurs à l’évolution du marché Recrutement au prix du marché sans ajuster les salariés en poste
Risque Désengagement progressif des salariés expérimentés Problème immédiat de rétention et d’équité

Types de compression salariale

Type À quoi elle ressemble Cause typique
Entre niveaux Junior, confirmé et senior d’une même famille de métiers ont des salaires proches Primes de marché au niveau d’entrée, augmentations de promotion faibles
Entre grades La rémunération réelle de grades adjacents est bien plus proche que la progression des midpoints prévue Fourchettes non actualisées, fort chevauchement des fourchettes
Ancienneté vs nouvelles recrues Les recrues récentes gagnent autant ou plus que des collègues plus anciens au même poste Recrutement au prix actuel du marché alors que les salariés en poste reçoivent de faibles augmentations au mérite
Manager vs équipe Un chef d’équipe gagne à peine plus (ou moins) que son collaborateur le mieux payé Promotions avec de faibles augmentations ; contributeurs individuels seniors recrutés au prix du marché
Liée au salaire minimum Le salaire d’entrée augmente par la loi et comprime les premiers niveaux au-dessus Hausses du salaire minimum légal non répercutées dans la grille

La compression est différente d’un problème d’équité salariale, mais les deux se recoupent souvent : si les recrues récentes (payées au prix du marché) sont majoritairement des hommes et les salariés anciens (comprimés) majoritairement des femmes, la compression apparaît comme un écart de rémunération entre femmes et hommes au sein d’une catégorie de travailleurs. Un audit d’équité salariale la fera généralement ressortir.

Toute nouvelle recrue mieux payée ne relève pas de la compression. Sarika Lamont, Chief People and AI Enablement Officer chez TechnoMile, trace la limite entre différenciation justifiée et compression :

Sarika LamontChief People and AI Enablement Officer, TechnoMile

Si une nouvelle recrue apporte nettement plus d’expérience, des compétences spécialisées ou une expertise recherchée sur le marché, il est raisonnable de la positionner plus haut dans la fourchette salariale qu’un salarié en poste ayant moins d’ancienneté ou un périmètre plus restreint. […] Compression salariale (problématique et risquée) : lorsque des nouvelles recrues et des salariés anciens occupant le même poste ont une expérience, des responsabilités et une performance similaires, mais sont payés différemment sans raison claire ni plan d’ajustement.

février 2025 · Traduit de l’anglais Lire sur LinkedIn →

Les causes de la compression salariale en 2026

La compression vient rarement d’une seule décision. Elle s’accumule lorsque le marché externe et la structure interne évoluent à des vitesses différentes.

Primes à l’embauche sur un marché tendu

Lorsque la demande pour une compétence dépasse l’offre, les entreprises paient les nouvelles recrues au prix actuel du marché, tandis que les salariés en poste n’évoluent qu’au rythme du budget de mérite. Deux ou trois cycles plus tard, le salaire d’embauche a rattrapé celui de personnes qui ont des années d’expérience dans le poste. Nous approfondissons cette tension dans équité interne vs compétitivité externe.

Hausses du salaire minimum

Les salaires minimums légaux ont fortement augmenté dans plusieurs pays européens. Chaque hausse relève par la loi les niveaux de rémunération les plus bas ; si les niveaux supérieurs ne sont pas ajustés, le bas de la grille se comprime.

Pays Salaire minimum légal 2026 Évolution
Espagne (SMI) 1 221 €/mois × 14 versements = 17 094 €/an +3,1 % par rapport à 2025 ; +65,9 % par rapport à 735,90 €/mois en 2018
Allemagne (Mindestlohn) 13,90 €/heure à partir du 1er janvier 2026 +8,4 % en 2026, puis 14,60 €/heure à partir du 1er janvier 2027 (+5,0 %)
France (SMIC) 12,31 €/heure, 1 867,02 €/mois (35 h) à partir du 1er juin 2026 +1,18 % en janvier et revalorisation automatique de +2,41 % en juin 2026
Pays-Bas (WML, 21 ans et plus) 14,99 €/heure à partir du 1er juillet 2026 14,71 € à partir du 1er janvier 2026, +1,9 % en juillet

Sources : BOE (Real Decreto 126/2026 et 1077/2017), Gesetze im Internet (MiLoV 5), gouvernement français, Rijksoverheid. Voir les Sources.

L’Italie n’a pas de salaire minimum légal national ; les minimums sont fixés par les conventions collectives, ce qui peut produire le même effet lorsqu’une nouvelle convention relève les niveaux d’entrée.

Des budgets de mérite en retard sur le marché

Les budgets d’augmentations au mérite répartissent quelques points de pourcentage sur l’ensemble des effectifs. Les prévisions publiques tablent sur environ 2,5–3 % dans la majeure partie de l’Europe de l’Ouest pour 2027 (voir notre guide des budgets d’augmentation salariale 2027). Lorsque le salaire d’embauche d’un poste progresse plus vite, les salariés en poste prennent du retard chaque année où ils restent.

Fourchettes obsolètes, exceptions à l’embauche et promotions trop faibles

  • Fourchettes non actualisées par rapport au marché : les nouvelles recrues sont positionnées au-dessus du midpoint « à titre exceptionnel » jusqu’à ce que l’exception devienne la règle.
  • Dérogations ponctuelles à l’embauche approuvées au cas par cas, sans vérifier les salariés en poste sur le même emploi.
  • Augmentations de promotion inférieures à la prime de marché du niveau suivant : les promus en interne gagnent moins que les recrues externes au même niveau.
  • Ancrage sur l’historique salarial : fixer les offres à partir du salaire précédent du candidat. La directive interdit de demander l’historique de rémunération une fois transposée (article 5).

Données TalentUp : la pression du marché derrière la compression

Pour mesurer l’écart que le marché externe laisse entre les niveaux, nous avons comparé les salaires médians publiés en 2026 dans les offres d’emploi à intitulé junior et à intitulé senior, à partir des champs de salaire structurés de la base de données d’offres d’emploi de TalentUp.

1,2×

le ratio médian senior/junior des offres de développeur en France, contre 1,9× en Espagne

4 sur 4

pays où le quartile supérieur des offres de développeur junior dépasse le quartile inférieur des offres senior

1,5×

le salaire minimum espagnol : salaire médian publié dans les offres à intitulé junior (26 000 €)

48 %

des offres espagnoles à intitulé junior proposent moins de 1,5× le SMI

Source : base de données d'offres d'emploi TalentUp, offres d'emploi salarié avec salaire structuré, 1er janvier–30 septembre 2026.

Salaire publié senior vs junior par pays

Pays Médiane junior (n) Médiane senior (n) Ratio senior/junior
Espagne 26 000 € (~1 700) 46 600 € (~4 400) 1,79
Italie 30 200 € (~3 200) 52 700 € (~3 200) 1,75
France 35 500 € (~730) 57 500 € (~2 000) 1,62
Allemagne 52 000 € (~340) 77 600 € (~1 000) 1,49
Pays-Bas 50 300 € (~2 200) 71 400 € (~4 100) 1,42

Tous intitulés de poste ; offres dont l’intitulé contient « junior », « jr », « entry level » ou « graduate » vs « senior » ou « sr ». La composition des postes diffère entre les deux groupes : lisez le ratio comme une indication de l’écart de marché, pas comme une prime à poste égal.

Par métier : là où le marché lui-même est comprimé

Métier (2026) Espagne Italie Pays-Bas France
Développeur, ratio senior/junior 1,91 (n ~170 / ~1 260) 1,63 (~90 / ~680) 1,58 (~80 / ~790) 1,20 (~100 / ~300)
P75 junior vs P25 senior 40 500 € vs 40 200 € 44 800 € vs 42 000 € 62 000 € vs 60 400 € 50 000 € vs 41 800 €
Comptable, ratio senior/junior n < 30 1,66 (~130 / ~120) 1,27 (~55 / ~120) n < 30
Chef de projet, ratio senior/junior 1,50 (~30 / ~60) 2,54 (~65 / ~35) n < 30 n < 30

Ce que cela signifie pour les RH :

  • Les fourchettes du marché se chevauchent. Dans les quatre pays, le quartile supérieur des offres de développeur junior se situe au-dessus du quartile inférieur des offres senior. Si vous recrutez des juniors au 75e percentile alors que vos seniors sont au 25e, vous avez importé la compression du marché.
  • Les écarts de marché étroits compriment plus vite. Là où le marché ne paie les seniors qu’environ 20–30 % de plus que les juniors (développeurs en France, comptables aux Pays-Bas), toute prime à l’embauche pour les juniors érode rapidement l’écart interne.
  • La pression du salaire minimum est réelle en Espagne. Avec une offre médiane à intitulé junior à 1,52× le SMI et près de la moitié des offres junior sous 1,5×, chaque hausse du SMI pèse directement sur les premiers niveaux de nombreuses grilles de rémunération. À titre de comparaison, le salaire médian des offres à intitulé junior représente environ 1,6× le salaire minimum en France, 1,6× aux Pays-Bas et 1,8× en Allemagne (annualisé comme expliqué ci-dessous).

Comment diagnostiquer la compression salariale

Diagnostiquez par poste et par niveau, pas à l’échelle de l’entreprise : les moyennes masquent la compression. Il vous faut, pour chaque salarié, le salaire de base, le poste, le niveau ou grade, la date d’embauche, l’ancienneté dans le grade, la date de la dernière promotion et l’évaluation de performance, ainsi que les minimums, midpoints et maximums de vos fourchettes.

Les quatre indicateurs clés

Indicateur Formule Signe de compression
Écart nouvelles recrues/salariés en poste (salaire médian des recrues des 12 derniers mois − salaire médian des salariés en poste depuis 3 ans ou plus) ÷ salaire médian des salariés en poste, même poste et même niveau Proche de zéro = compression ; positif = inversion
Compa-ratio par tranche d’ancienneté Salaire ÷ midpoint de la fourchette, médiane par tranche d’ancienneté Le compa-ratio baisse quand l’ancienneté augmente
Progression réelle vs prévue entre grades Salaire réel médian du grade n+1 ÷ médiane du grade n, comparé à la progression des midpoints que vous avez définie Progression réelle nettement inférieure à la conception
Ratio manager/équipe Salaire du manager ÷ collaborateur direct le mieux payé Ratio proche de 1,0 ou inférieur

Ajoutez deux vérifications complémentaires : le chevauchement des fourchettes entre grades adjacents et le taux de pénétration dans la fourchette par ancienneté, qui montre où se situent les personnes dans la fourchette (voir notre guide du range penetration pour les formules et des exemples).

Un tableau de diagnostic commenté

Exemple illustratif pour un poste, Software Engineer grade 3, midpoint de la fourchette 50 000 € ; le grade 4 a été conçu avec un midpoint supérieur de 15 % (57 500 €). Les chiffres sont fictifs et servent à illustrer la méthode.

Groupe Effectif Salaire de base médian Compa-ratio Lecture
Grade 3, embauchés depuis < 1 an 4 52 000 € 1,04 Recrutés au prix actuel du marché
Grade 3, 1–3 ans 5 48 500 € 0,97 Proche du midpoint
Grade 3, 3 ans et plus 3 46 000 € 0,92 Inversion liée à l’ancienneté
Grade 3, tous 12 49 000 € 0,98 Semble sain en moyenne
Grade 4, tous 6 53 000 € 0,92 Sous son propre midpoint

Ce que le tableau vous apprend :

  • Écart nouvelles recrues/salariés en poste = (52 000 − 46 000) ÷ 46 000 = +13,0 % : les ingénieurs les plus récents gagnent plus que les plus expérimentés. C’est une inversion, pas seulement une compression.
  • Progression réelle entre grades = 53 000 ÷ 49 000 = 8,2 %, contre 15 % prévus. Le grade 4 est comprimé par rapport au grade 3.
  • La moyenne la masque. Un compa-ratio de 0,98 sur l’ensemble du grade passerait sans alerte dans n’importe quel tableau de bord de synthèse.
  • Étape suivante : vérifiez le marché pour les deux grades. Si 52 000 € correspond au prix du marché pour le grade 3, le problème concerne les salariés en poste et le grade 4, pas les nouvelles recrues.

Avant d’agir, confirmez le prix du marché avec des benchmarks à jour pour chaque poste, pays et niveau (voir comment TalentUp construit ses données salariales).

Comment corriger la compression salariale

Il n’existe pas de solution unique : vous corrigez la situation des personnes comprimées et vous supprimez la cause, sinon le problème revient au cycle suivant.

1. Financer une enveloppe distincte d’ajustements d’équité

Ne corrigez pas des problèmes structurels avec le budget de mérite, sinon vous prenez l’argent des performants de cette année pour réparer des décisions passées. Créez une enveloppe d’ajustements d’équité distincte, dimensionnée à partir de votre diagnostic : le coût total pour amener les salariés prioritaires à leur positionnement cible. Gérez-la dans le cadre de votre cycle de révision salariale ou en parallèle, afin que les managers voient séparément le mérite et l’équité.

Justin Jackson, directeur RH et senior HR business partner, défend lui aussi l’idée de sortir les corrections de l’enveloppe de mérite :

Justin Jackson Justin JacksonSenior HR Business Partner et directeur RH, SPHR

Financez la correction comme une correction, pas comme une augmentation. Un ajustement d’équité n’est pas une récompense de la performance, et le traiter comme tel le met en concurrence avec l’enveloppe de mérite, une concurrence qu’il perd. […] La prime à l’embauche n’est pas un coût de recrutement. C’est une facture de rétention que vous n’avez pas encore ouverte.

juin 2026 · Traduit de l’anglais Lire sur LinkedIn →

2. Prioriser, puis échelonner

Classez les corrections :

  1. Toute personne sous le minimum de la fourchette après l’actualisation des fourchettes.
  2. Les inversions sur un même poste et un même niveau : salariés anciens, pleinement opérationnels, payés moins que des recrues récentes.
  3. Les salariés performants comprimés et les postes critiques à fort risque de départ.
  4. Les inversions manager/équipe.
  5. La compression restante, absorbée lors des prochains cycles de mérite.

Les écarts importants peuvent être résorbés en deux ou trois étapes sur plusieurs cycles (par exemple, la moitié maintenant et la moitié à la prochaine révision), à condition que le plan, les critères et le calendrier soient formalisés par écrit.

3. Repenser la structure lorsqu’elle est en cause

  • Actualisez les fourchettes à partir de données de marché à jour au moins une fois par an, en particulier pour les compétences très recherchées (voir comment construire une fourchette salariale).
  • Vérifiez la progression des midpoints et le chevauchement entre grades ; si la rémunération réelle s’est fortement éloignée de la conception, reconstruisez les grades plutôt que de corriger au cas par cas.
  • Répercutez les hausses du salaire minimum dans la grille pour les premiers niveaux au-dessus du plancher légal, ou décidez consciemment où s’arrête la compression.
  • Envisagez des primes de marché pour quelques métiers très recherchés plutôt que de les laisser déformer tout un grade.

4. Revoir les règles de promotion et de recrutement

  • Fixez une augmentation minimale de promotion qui place au moins la personne au minimum de la nouvelle fourchette et préserve l’écart avec le niveau inférieur.
  • Exigez une validation, avec une justification écrite, pour les offres au-dessus du midpoint, et vérifiez les salariés en poste sur le même emploi avant de valider. Si les offres au-dessus du midpoint deviennent la norme, la fourchette est obsolète.
  • Ne fixez jamais une offre à partir de l’historique salarial.

5. Communiquer le plan

Expliquez aux managers pourquoi des ajustements ont lieu et comment ils ont été décidés, et donnez-leur un argumentaire pour répondre aux salariés qui posent la question. Lorsqu’un salarié soulève le sujet en premier, utilisez notre guide pour répondre à « mon salaire est trop bas ». Les salariés qui savent qu’ils bénéficient d’un plan de correction documenté sont plus susceptibles de rester que ceux qui découvrent l’écart par eux-mêmes.

Coût de la correction vs coût des départs

Les directeurs financiers demandent souvent pourquoi ils devraient payer pour corriger la compression. La comparaison est simple dès que l’on remarque une chose : si un salarié comprimé s’en va, vous le remplacez de toute façon au prix actuel du marché.

Avec l’exemple commenté ci-dessus (trois ingénieurs à 46 000 €, prix du marché 52 000 €) :

Corriger la compression Les laisser partir
Coût salarial Jusqu’à 6 000 € × 3 = 18 000 €/an, plus les charges patronales Les mêmes 6 000 € par recrutement pour payer les remplaçants au prix du marché
Recrutement Aucun Honoraires de cabinet ou frais de diffusion, temps des recruteurs et des intervieweurs
Vacance Aucune Production perdue tant que le poste est vacant
Montée en compétence Aucune Des mois avant que la nouvelle recrue atteigne sa pleine productivité
Connaissances Conservées Perdues : clients, systèmes, contexte

La correction n’est pas gratuite, et vous ne pourrez peut-être pas corriger toutes les situations en même temps. Mais pour les salariés que vous voulez garder, un départ coûte généralement la même augmentation de salaire plus les coûts liés au turnover. Chiffrez les honoraires de recrutement, le délai de recrutement et la montée en compétence avec vos propres données pour construire le business case.

Compression salariale et directive européenne sur la transparence salariale

La directive (UE) 2023/970 ne réglemente pas la compression en tant que telle, mais une fois transposée en droit national, elle rend la compression visible et l’inversion difficile à défendre :

  • Article 5 : les candidats reçoivent la rémunération ou la fourchette de rémunération avant l’entretien, et les employeurs ne peuvent pas les interroger sur leur historique salarial. Les salariés en poste voient les fourchettes que vous publiez pour leur propre emploi.
  • Article 6 : les employeurs doivent mettre à disposition les critères utilisés pour déterminer la rémunération, les niveaux de rémunération et la progression de la rémunération. Les États membres peuvent exempter de la partie relative à la progression les employeurs de moins de 50 travailleurs.
  • Article 7 : les travailleurs peuvent demander leur niveau de rémunération individuel et les niveaux de rémunération moyens, ventilés par sexe, des travailleurs effectuant le même travail ou un travail de même valeur, et doivent être informés de ce droit chaque année. Un senior comprimé qui reçoit une réponse au titre de l’article 7 verra l’écart.
  • Article 4 : les structures de rémunération doivent permettre de comparer les rémunérations à partir de critères objectifs et non sexistes (compétences, efforts, responsabilités et conditions de travail).
  • Reporting et charge de la preuve : les employeurs de 250 travailleurs ou plus déclarent l’écart de rémunération entre femmes et hommes chaque année à partir du 7 juin 2027, ceux de 150 à 249 tous les trois ans à partir du 7 juin 2027, et ceux de 100 à 149 tous les trois ans à partir du 7 juin 2031. Si le reporting révèle dans une catégorie de travailleurs un écart inexpliqué de 5 % ou plus qui n’est pas corrigé dans les six mois, une évaluation conjointe des rémunérations est obligatoire. Dans les litiges pour discrimination salariale, la charge de la preuve incombe à l’employeur.

Trois conséquences pratiques :

  1. L’ancienneté n’est un critère légitime que si elle est formalisée par écrit. Si vous payez davantage les nouvelles recrues parce que le marché a évolué, documentez-le (« prix du marché à l’embauche pour ce poste, revu chaque année ») et montrez comment les salariés en poste sont rattrapés.
  2. La compression peut devenir un écart entre femmes et hommes. Vérifiez si les groupes comprimés sont majoritairement composés d’un même sexe au sein d’une catégorie de travailleurs avant le début du reporting.
  3. Vos critères d’ajustement sont eux-mêmes des critères de rémunération. Formalisez qui bénéficie d’un ajustement d’équité et pourquoi, dans le cadre d’une politique de rémunération.

La date limite de transposition était le 7 juin 2026, et les obligations s’appliquent par la loi nationale de chaque pays une fois la directive transposée ; vérifiez l’état d’avancement dans les pays où vous employez du personnel avec notre guide RH de la directive européenne sur la transparence salariale.

Sources

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la compression salariale ?

La compression salariale survient lorsque l'écart de rémunération entre des salariés ayant des niveaux d'expérience, d'ancienneté ou de responsabilité différents devient trop faible pour refléter la différence entre leurs postes. Cas typique : une nouvelle recrue qui gagne presque autant qu'un collègue occupant le même poste depuis cinq ans.

Quelle est la différence entre compression et inversion salariale ?

La compression signifie que l'écart s'est réduit ; l'inversion signifie qu'il s'est inversé, de sorte que la personne la moins expérimentée ou la plus junior gagne davantage. L'inversion est la forme extrême de la compression, par exemple une nouvelle recrue mieux payée qu'un collègue ancien ou un membre de l'équipe mieux payé que son manager.

Quelles sont les causes de la compression salariale ?

Les principales causes sont des salaires d'embauche qui augmentent plus vite que les budgets d'augmentations au mérite, les hausses du salaire minimum légal qui relèvent les salaires d'entrée, des fourchettes salariales non actualisées et des exceptions ponctuelles à l'embauche. En Europe, les récentes hausses du salaire minimum en Espagne, en Allemagne et en France ont comprimé le bas de nombreuses grilles de rémunération.

Comment calculer la compression salariale ?

L'indicateur le plus simple est l'écart entre nouvelles recrues et salariés en poste : (salaire médian des nouvelles recrues − salaire médian des salariés en poste) ÷ salaire médian des salariés en poste, pour un même poste et un même niveau. Complétez-le par le compa-ratio par tranche d'ancienneté, l'écart réel entre grades adjacents comparé à la progression des midpoints prévue, et le ratio de rémunération manager/équipe.

Comment corriger la compression salariale ?

Diagnostiquez-la par poste et par niveau, financez une enveloppe distincte d'ajustements d'équité, donnez la priorité aux salariés performants les plus comprimés et à toute personne sous le minimum de sa fourchette, échelonnez les corrections sur un à trois cycles et traitez la cause : fourchettes obsolètes, augmentations de promotion trop faibles ou exceptions à l'embauche non maîtrisées. Documentez les critères de chaque ajustement.

La compression salariale est-elle illégale dans l'UE ?

La compression en soi n'est pas illégale. Mais une fois la directive européenne sur la transparence salariale transposée en droit national, les salariés pourront demander la rémunération moyenne des collègues effectuant le même travail ou un travail de même valeur, et les employeurs devront pouvoir justifier les écarts de rémunération par des critères objectifs et non sexistes. Une compression ou une inversion inexpliquée devient alors bien plus difficile à défendre.

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Écrit par

Albert Mercadé Laborda

Responsable marketing

Albert dirige le marketing et la croissance de TalentUp, à la croisée des ressources humaines, de la rémunération et des avantages sociaux et de la transparence salariale. Il transforme les données salariales de TalentUp en guides pratiques qui aident les équipes RH et Total Rewards à se comparer au marché, à bâtir des structures de rémunération équitables et à se préparer à la directive européenne sur la transparence salariale.

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