La directive européenne sur la transparence salariale (directive (UE) 2023/970) impose aux employeurs de communiquer aux candidats des informations sur la rémunération avant l’entretien, de permettre aux travailleurs de demander des données salariales ventilées par sexe, de rendre accessibles les critères de fixation des rémunérations et, à partir de 100 travailleurs, de rendre compte de leur écart de rémunération femmes-hommes. Les États membres devaient la transposer au plus tard le 7 juin 2026 : ses obligations s’imposent donc désormais aux employeurs à travers les lois nationales, au fur et à mesure de leur adoption dans chaque pays, et les premiers rapports sont attendus au plus tard le 7 juin 2027, sur la base des données de rémunération 2026.
Pour se préparer, les équipes RH ont besoin de cinq briques : une architecture des emplois claire, une évaluation des emplois non sexiste, des fourchettes de salaire fondées sur des critères objectifs, une analyse de l’écart de rémunération femmes-hommes et des processus pour répondre aux candidats, aux salariés et aux autorités. Ce guide explique ce qu’exige la directive, article par article, qui est concerné et les échéances, puis vous propose un plan étape par étape et une checklist à suivre.
Les données d’offres d’emploi de TalentUp montrent le chemin qu’il reste à parcourir : en Allemagne, en France, en Espagne et en Italie, une offre d’emploi sur quatre environ, voire moins, indique un salaire, tandis que les mentions des règles de transparence salariale dans les offres d’emploi de l’UE ont été multipliées par plus de dix depuis 2024.
Points clés
- La directive concerne tous les employeurs des secteurs public et privé ; le reporting sur l’écart de rémunération commence à 100 travailleurs.
- Les candidats doivent recevoir la rémunération initiale ou sa fourchette avant l’entretien, et les employeurs ne peuvent plus les interroger sur leur historique de rémunération.
- Les travailleurs peuvent demander leur niveau de rémunération et la rémunération moyenne par sexe pour un travail de même valeur, avec une réponse due sous deux mois.
- Un écart inexpliqué de 5 % ou plus dans une catégorie de travailleurs, non corrigé dans les six mois, déclenche une évaluation conjointe des rémunérations.
- Si vous ne respectez pas les obligations de transparence, la charge de la preuve dans les litiges pour discrimination salariale vous incombe.
- Commencez par l’architecture des emplois et une évaluation des emplois non sexiste : toutes les autres obligations reposent sur la comparaison d’un « travail de même valeur ».
Qu’est-ce que la directive européenne sur la transparence salariale et qui concerne-t-elle ?
La directive fixe des exigences minimales pour faire appliquer le principe de l’égalité de rémunération entre les femmes et les hommes pour un même travail ou un travail de même valeur, inscrit à l’article 157 du traité de l’UE mais difficile à faire respecter tant que les informations salariales restaient cachées. Elle agit sur deux leviers : la transparence (les candidats et les travailleurs obtiennent des informations) et les mécanismes d’application (les travailleurs disposent de recours renforcés et les employeurs supportent une plus grande part de la charge de la preuve).
Trois définitions structurent tout ce que les RH doivent faire :
- La rémunération ne se limite pas au salaire de base. Elle comprend le salaire de base plus tous les autres avantages, en espèces ou en nature, y compris les composantes complémentaires ou variables comme les primes, les heures supplémentaires, les indemnités ou les avantages en nature.
- Le travail de même valeur est déterminé à l’aide de critères objectifs et non sexistes qui doivent inclure les compétences, les efforts, les responsabilités et les conditions de travail (article 4).
- La catégorie de travailleurs regroupe les travailleurs effectuant le même travail ou un travail de même valeur, de manière non arbitraire, selon ces critères. Les écarts de rémunération s’évaluent par catégorie, et pas seulement pour l’entreprise dans son ensemble.
Quelles obligations s’appliquent à votre organisation
La directive s’applique aux employeurs des secteurs public et privé et à tous les travailleurs ayant un contrat ou une relation de travail ; les règles préalables à l’embauche protègent aussi les candidats à un emploi. Ce qui change avec la taille, c’est le reporting :
| Obligation |
Moins de 50 travailleurs |
50–99 |
100–149 |
150–249 |
250+ |
| Information des candidats sur la rémunération, interdiction des questions sur l’historique salarial (art. 5) |
Oui |
Oui |
Oui |
Oui |
Oui |
| Critères de fixation des rémunérations accessibles (art. 6) |
Oui (la progression salariale peut être exemptée) |
Oui |
Oui |
Oui |
Oui |
| Droit à l’information, information annuelle (art. 7) |
Oui |
Oui |
Oui |
Oui |
Oui |
| Pas de clauses de confidentialité salariale (art. 7(5)) |
Oui |
Oui |
Oui |
Oui |
Oui |
| Reporting sur l’écart de rémunération femmes-hommes (art. 9) |
Volontaire* |
Volontaire* |
Tous les 3 ans à partir de 2031 |
Tous les 3 ans à partir de 2027 |
Chaque année à partir de 2027 |
| Évaluation conjointe des rémunérations si déclenchée (art. 10) |
Non |
Non |
Oui |
Oui |
Oui |
*Les États membres peuvent imposer aux petits employeurs de rendre compte de leurs rémunérations en vertu du droit national. Ils doivent également fournir une assistance technique et des formations aux employeurs de moins de 250 travailleurs (article 11).
Comme la directive fixe des normes minimales, les lois nationales peuvent aller plus loin, par exemple avec des seuils plus bas ou des échéances plus précoces. Pour le panorama par pays, consultez notre guide sur la loi européenne de 2026 sur la transparence salariale et sa transposition et notre aperçu de la transparence salariale en Europe par pays.
Ce qu’exige la directive, article par article
Le tableau résume les obligations les plus importantes pour les RH. Les sous-sections suivantes expliquent ce que chacune implique en pratique.
| Article |
Exigence |
Ce que les RH doivent mettre en place |
| Art. 4 |
Structures de rémunération garantissant l’égalité de rémunération pour un même travail ou un travail de même valeur |
Évaluation des emplois non sexiste fondée sur les compétences, les efforts, les responsabilités et les conditions de travail |
| Art. 5 |
Rémunération initiale ou fourchette communiquée aux candidats avant l’entretien ; pas de questions sur l’historique salarial ; intitulés de poste et offres non sexistes |
Fourchette de salaire pour chaque poste ouvert, scripts et modèles de recrutement mis à jour |
| Art. 6 |
Critères de rémunération, de niveau de rémunération et de progression salariale facilement accessibles aux travailleurs |
Politique de rémunération et règles de progression écrites et objectives |
| Art. 7 |
Les travailleurs peuvent demander leur niveau de rémunération et la rémunération moyenne par sexe de leur catégorie ; réponse sous deux mois ; information annuelle sur ce droit |
Processus de traitement des demandes, extraction des données, modèles, communication annuelle |
| Art. 9 |
Reporting sur l’écart de rémunération femmes-hommes (sept indicateurs) à partir de 100 travailleurs |
Modèle de données de paie par sexe, catégorie, rémunération de base et variable |
| Art. 10 |
Évaluation conjointe des rémunérations si un écart injustifié de 5 % ou plus n’est pas corrigé dans les six mois |
Analyse des écarts, dossier de justification, budget de correction |
| Art. 16–18 |
Réparation intégrale sans plafond ; charge de la preuve sur l’employeur |
Documentation de chaque décision de rémunération |
| Art. 21, 23 |
Délais de prescription d’au moins trois ans ; amendes et sanctions spécifiques en cas de récidive |
Conservation des dossiers et gouvernance |
Transparence salariale avant l’embauche (article 5)
Les candidats ont le droit de recevoir la rémunération initiale ou sa fourchette, fondée sur des critères objectifs et non sexistes, ainsi que les dispositions pertinentes de la convention collective appliquée au poste. L’information doit permettre une négociation éclairée et être fournie « dans un avis de vacance d’emploi publié, avant l’entretien d’embauche ou d’une autre manière ». Les employeurs ne peuvent pas interroger les candidats sur leur historique de rémunération, et les avis de vacance comme les intitulés de poste doivent être non sexistes.
En pratique, chaque poste a besoin d’une fourchette validée avant son ouverture. Notre guide sur les offres d’emploi avec salaire transparent explique quelle largeur donner à une fourchette et comment la rédiger.
Critères transparents de fixation et de progression des rémunérations (article 6)
Les employeurs doivent rendre facilement accessibles aux travailleurs les critères utilisés pour déterminer la rémunération, les niveaux de rémunération et la progression salariale, et ces critères doivent être objectifs et non sexistes. Les États membres peuvent exempter les employeurs de moins de 50 travailleurs de la partie relative à la progression salariale. Si vos décisions salariales reposent sur la discrétion des managers ou la négociation individuelle, c’est là que l’écart apparaîtra.
Droit des salariés à l’information (article 7)
Les travailleurs peuvent demander, par écrit, leur niveau de rémunération individuel et les niveaux de rémunération moyens, ventilés par sexe, des travailleurs effectuant le même travail ou un travail de même valeur. Ils peuvent le faire directement, par l’intermédiaire des représentants des travailleurs ou d’un organisme pour l’égalité de traitement, et demander des précisions si la réponse est incomplète. Les principales règles opérationnelles :
- Répondre dans un délai raisonnable et au plus tard dans les deux mois.
- Informer chaque année tous les travailleurs de ce droit et de la manière de l’exercer.
- Les clauses de confidentialité salariale sont interdites : les travailleurs peuvent divulguer leur propre rémunération pour faire valoir l’égalité de rémunération.
- Les employeurs peuvent exiger que les informations sur la rémunération des collègues soient utilisées uniquement pour exercer le droit à l’égalité de rémunération, et les données personnelles doivent être traitées conformément au RGPD (article 12).
Reporting sur l’écart de rémunération femmes-hommes (article 9)
Les employeurs de 100 travailleurs ou plus doivent communiquer sept indicateurs, toujours pour l’année civile précédente :
- L’écart de rémunération femmes-hommes (moyen).
- L’écart de rémunération femmes-hommes dans les composantes complémentaires ou variables.
- L’écart de rémunération femmes-hommes médian.
- L’écart de rémunération femmes-hommes médian dans les composantes complémentaires ou variables.
- La proportion de femmes et d’hommes bénéficiant de composantes complémentaires ou variables.
- La proportion de femmes et d’hommes dans chaque quartile de rémunération.
- L’écart de rémunération femmes-hommes par catégorie de travailleurs, ventilé entre salaire de base et composantes complémentaires ou variables.
Les informations sont transmises à l’organisme national de suivi ; les indicateurs 1 à 6 peuvent être publiés, et l’indicateur 7 doit être communiqué à tous les travailleurs et à leurs représentants. La direction doit confirmer l’exactitude des données après consultation des représentants des travailleurs, qui ont accès à la méthodologie. Comme les primes sont prises en compte, nos articles sur les structures de bonus et le calendrier de versement des bonus méritent d’être relus en parallèle de la conception de votre reporting.
Évaluation conjointe des rémunérations (article 10)
Une évaluation conjointe des rémunérations, menée avec les représentants des travailleurs, est obligatoire lorsque les trois conditions sont réunies : une différence de rémunération moyenne entre les femmes et les hommes d’au moins 5 % dans une catégorie de travailleurs, l’employeur ne l’a pas justifiée par des critères objectifs et non sexistes, et il ne l’a pas corrigée dans les six mois suivant la remise du rapport. L’évaluation doit analyser chaque catégorie, expliquer les différences, prévoir des mesures correctives et réexaminer le système d’évaluation des emplois lui-même.
Application, charge de la preuve et sanctions (articles 16 à 23)
C’est ce qui transforme la directive d’un exercice de reporting en véritable risque juridique :
- La réparation n’est pas plafonnée et comprend le rappel intégral des rémunérations, les primes et paiements en nature correspondants, la perte de chance, le préjudice moral et les intérêts (article 16).
- La charge de la preuve passe à l’employeur dès qu’un travailleur présente des faits laissant présumer une discrimination. Si l’employeur n’a pas mis en œuvre les obligations de transparence des articles 5, 6, 7, 9 et 10, il doit prouver l’absence de discrimination, sauf si le manquement était manifestement involontaire et mineur (article 18).
- Les comparaisons ne se limitent pas aux collègues employés au même moment, et en l’absence de comparateur réel, des statistiques ou une comparaison hypothétique peuvent être utilisées (article 19).
- Les délais de prescription doivent être d’au moins trois ans et ne peuvent commencer à courir avant que le travailleur ait connaissance, ou puisse raisonnablement avoir connaissance, de la violation (article 21).
- Les États membres doivent prévoir des sanctions effectives, proportionnées et dissuasives, y compris des amendes, ainsi que des sanctions spécifiques en cas de récidive (article 23).
Calendrier et échéances clés
| Date |
Étape |
| 17 mai 2023 |
Publication de la directive (UE) 2023/970 au Journal officiel |
| 7 juin 2026 |
Date limite de transposition pour les États membres |
| Année civile 2026 |
Période de référence des premiers rapports des employeurs de 150 travailleurs ou plus |
| 7 juin 2027 |
Premier rapport sur l’écart de rémunération : 250 travailleurs et plus (puis chaque année) et 150 à 249 travailleurs (puis tous les trois ans) |
| 7 juin 2031 |
Premier rapport pour les employeurs de 100 à 149 travailleurs (puis tous les trois ans) |
La transposition est inégale. En septembre 2026, Euronews indiquait que seule une poignée d’États membres, dont l’Italie, avaient entièrement transposé la directive, tandis que l’Allemagne avait reporté sa mise en œuvre au début de 2027. Les obligations s’appliquent aux employeurs à mesure que chaque loi nationale entre en vigueur : un groupe multinational peut donc faire face à des règles et des dates de démarrage différentes dans chaque pays. Notre article sur la loi européenne de 2026 sur la transparence salariale suit l’état de la transposition.
Attendre votre loi nationale est risqué pour une raison pratique : les premiers rapports portent sur les données de l’année civile précédente, si bien que les décisions salariales 2026 des employeurs de 150 travailleurs ou plus constituent déjà la matière première du rapport 2027.
Les praticiens mettent en garde contre la tentation de voir dans les retards nationaux un répit : lorsque l’Irlande a annoncé qu’elle ne tiendrait pas l’échéance de juin, Mary Cullen, directrice générale du cabinet RH irlandais Insight HR, l’a résumé ainsi :
Mary CullenDirectrice générale, Insight HR
L’une des exigences clés de la transparence salariale est l’évaluation des emplois, et ce travail prend du temps. Dans de nombreuses organisations, il peut falloir des mois pour bien revoir les postes, évaluer leur valeur et construire une structure de rémunération défendable. Ce qui frappe, c’est que jusqu’à 80 % des employeurs irlandais n’ont pas encore commencé ce processus.
Les employeurs sont-ils prêts ? Les données de TalentUp
Les fourchettes de salaire dans les offres d’emploi sont le signe de préparation le plus visible, car c’est la première obligation que remarquent les candidats. La base de données d’offres d’emploi de TalentUp donne une image de la situation des employeurs européens.
~22 %
des offres d’emploi en Allemagne indiquent un salaire, ~27 % en Espagne et ~17 % en Italie (2026)
11 fois
plus d’offres d’emploi dans l’UE mentionnent les règles de transparence salariale qu’en 2024 (105 contre 1 163 offres)
21 pour 100 000
offres d’emploi dans l’UE font désormais référence à ces règles, contre moins de 1 en 2024
Source : base de données d'offres d'emploi TalentUp, janvier–septembre 2026 (mentions : 2024 vs 2026). Estimations minimales, voir la méthodologie ci-dessous.
| Pays |
Offres d’emploi indiquant un salaire, janv.–sept. 2026 |
| Autriche |
~58 % |
| Pays-Bas |
~50 % |
| Pologne |
~35 % |
| Espagne |
~27 % |
| France |
~25 % |
| Allemagne |
~22 % |
| Irlande |
~21 % |
| Belgique |
~19 % |
| Italie |
~17 % |
| Portugal |
~11 % |
Trois constats ressortent :
- Hors Autriche et Pays-Bas, la plupart des offres d’emploi n’indiquent toujours pas la rémunération. En Allemagne, en France, en Espagne et en Italie, environ trois offres sur quatre, voire plus, ne donnent encore aucun chiffre aux candidats.
- La Pologne se distingue. C’est le seul grand marché du tableau où des règles imposant d’informer les candidats sur la rémunération étaient déjà en vigueur en 2026, et environ un tiers de ses offres indiquent désormais un salaire, bien au-dessus de l’Allemagne, de la France ou de l’Italie.
- La prise de conscience progresse vite, mais part de très bas. Les offres d’emploi qui font explicitement référence à la directive ou aux règles nationales de transparence salariale (par exemple « Pay Transparency Directive », « trasparenza retributiva », « Entgelttransparenz » ou « lönetransparens ») sont passées de 105 entre janvier et septembre 2024 à 1 163 sur les mêmes mois de 2026. L’Italie arrive en tête avec 375 offres de ce type, ce qui est cohérent avec sa transposition précoce, suivie de l’Irlande (290). Cela ne représente encore qu’environ 0,02 % de l’ensemble des offres.
Le message pour les RH : les candidats s’attendront bientôt à trouver une fourchette dans chaque offre, et la plupart des employeurs n’ont pas encore construit les structures de rémunération qui leur permettraient d’en publier une en toute confiance.
Les étapes suivent l’ordre de leurs dépendances : impossible de publier une fourchette défendable, de répondre à une demande d’information ou d’expliquer un écart sans une architecture des emplois et une évaluation des emplois en amont.
1. Mettre en place la gouvernance et le périmètre
Nommez un responsable de projet au sein des RH ou de la Total Rewards, en impliquant dès le départ le juridique, la paie, la finance, le SIRH et, lorsqu’ils existent, les représentants des travailleurs : la directive leur confie un rôle dans les critères d’évaluation des emplois, l’exactitude des rapports et les évaluations conjointes des rémunérations. Listez tous les pays où vous employez du personnel, vos effectifs par entité juridique (ils déterminent votre date de reporting) et l’état d’avancement de chaque loi nationale.
2. Construire une architecture des emplois
Rattachez chaque poste à des familles et des niveaux d’emploi, avec des descriptions de poste à jour. C’est la colonne vertébrale des « catégories de travailleurs » : si deux personnes portant le même intitulé effectuent des tâches très différentes, ou si des intitulés différents recouvrent le même travail, vos catégories et vos chiffres d’écart seront faux. Profitez-en pour nettoyer les intitulés de poste, puisque l’article 5 exige qu’ils soient non sexistes.
3. Évaluer les emplois avec des critères non sexistes
Évaluez les postes selon les compétences, les efforts, les responsabilités et les conditions de travail, ainsi que tout autre facteur pertinent pour l’emploi, et convenez des critères avec les représentants des travailleurs lorsqu’ils existent. Vérifiez que les compétences comportementales ne sont pas sous-évaluées, un point que la directive mentionne explicitement : les compétences liées au soin, à la communication et à la coordination se trouvent souvent dans des postes majoritairement occupés par des femmes. Le résultat est un ensemble de groupes de travail de même valeur, qui deviennent vos catégories de reporting.
Les classifications des conventions collectives ne sont pas non plus un raccourci : Stefan Waschmann, expert autrichien en rémunération et auteur du livre Fair Pay, rappelle que la Cour de justice de l’UE a déjà tranché cette question :
Stefan WaschmannExpert en rémunération, auteur de Fair Pay, lohntransparenz.eu
Au passage, la CJUE s’est déjà prononcée à plusieurs reprises sur la question de savoir si une catégorie professionnelle d’une convention collective implique que cette catégorie détermine le travail de valeur égale […], par exemple dans l’affaire Brunnhofer C-381/99 : « la circonstance que la travailleuse qui se prétend victime d’une discrimination fondée sur le sexe et le travailleur masculin de référence sont classés dans la même catégorie professionnelle prévue par la convention collective régissant leur emploi n’est pas, à elle seule, suffisante pour conclure que les deux travailleurs concernés exercent un même travail ou un travail auquel est attribuée une valeur égale […], cette circonstance ne constituant qu’un indice parmi d’autres que ce critère est rempli »
4. Définir les fourchettes de salaire et les règles de fixation des rémunérations
Fixez une fourchette de salaire pour chaque niveau ou groupe, à partir de données de marché actuelles pour le même contenu de poste et la même localisation, et formalisez les critères qui positionnent une personne dans la fourchette (expérience, performance, compétences rares) ainsi que les règles de progression. Notre guide sur le benchmark salarial pour se conformer à la transparence salariale explique comment construire des fourchettes défendables, et salaires de marché ou équité interne traite de la tension entre les deux. Le benchmark salarial gratuit pour la transparence salariale est un point de départ concret.
5. Analyser dès maintenant l’écart de rémunération femmes-hommes
Calculez les sept indicateurs de l’article 9 sur vos données 2026, y compris la rémunération variable et les avantages en nature, à l’échelle de l’entreprise et par catégorie de travailleurs. Pour chaque catégorie présentant un écart de 5 % ou plus, documentez s’il s’explique par des facteurs objectifs et non sexistes ; si ce n’est pas le cas, planifiez et budgétez la correction dès maintenant, afin qu’il n’apparaisse pas dans le premier rapport officiel et ne déclenche pas d’évaluation conjointe des rémunérations.
6. Adapter le recrutement
Associez une fourchette validée à chaque poste ouvert, ou un processus documenté pour la communiquer avant l’entretien. Supprimez les questions sur l’historique de rémunération des formulaires de candidature, des champs de l’ATS, des guides d’entretien et des scripts des recruteurs, et remplacez-les par des questions sur les prétentions salariales. Passez en revue les modèles d’offres pour garantir un langage et des intitulés non sexistes, et intégrez les dispositions de la convention collective lorsque c’est pertinent.
Déterminez qui reçoit les demandes, qui extrait les données, qui valide la réponse et comment vous suivez le délai de deux mois. Préparez des modèles de réponse indiquant le niveau de rémunération du travailleur et la rémunération moyenne par sexe de sa catégorie, avec des règles pour les petites catégories où la rémunération d’une personne pourrait être identifiée. Planifiez l’information annuelle de tous les travailleurs et supprimez les clauses de confidentialité salariale des contrats et des politiques internes.
8. Préparer le reporting et la documentation
Assurez-vous que la paie et le SIRH contiennent le sexe, la catégorie, le salaire de base, les composantes variables et le temps de travail de façon cohérente d’un pays à l’autre, afin que le rapport puisse être produit, confirmé par la direction et expliqué aux représentants des travailleurs. Conservez une trace des motifs de chaque décision salariale : avec la charge de la preuve sur l’employeur et des délais de prescription d’au moins trois ans, la documentation est votre principale défense.
Ce sont les managers à qui l’on demandera « pourquoi est-ce que je gagne moins qu’elle ? ». Formez-les sur les fourchettes de salaire, les critères et ce qu’ils peuvent ou ne peuvent pas dire, et expliquez les changements aux salariés avant la publication de la première offre avec fourchette ou du premier rapport. Décidez jusqu’où vous souhaitez aller au-delà du minimum légal : nos articles sur la quantité d’informations salariales à partager et les effets pervers possibles de la transparence salariale vous aident à éviter les pièges classiques.
Checklist de la directive européenne sur la transparence salariale
Utilisez cette checklist pour suivre votre préparation. Les dates reposent sur le calendrier minimal de la directive ; adaptez-les à la loi nationale de chaque pays.
| # |
Domaine |
Action |
Article |
Responsable |
Échéance |
| 1 |
Gouvernance |
Responsable de projet, comité de pilotage et représentants des travailleurs impliqués |
Art. 4, 9, 10, 13 |
RH / Total Rewards |
Dès maintenant |
| 2 |
Périmètre |
Effectifs par entité et par pays, suivi de l’état des lois nationales |
Art. 9, 34 |
RH, Juridique |
Dès maintenant |
| 3 |
Architecture des emplois |
Tous les postes rattachés à des familles et niveaux, intitulés non sexistes |
Art. 4, 5 |
RH / Total Rewards |
Dès maintenant |
| 4 |
Évaluation des emplois |
Évaluation non sexiste (compétences, efforts, responsabilités, conditions de travail), catégories définies |
Art. 3, 4 |
Total Rewards, représentants des travailleurs |
Avant le premier rapport |
| 5 |
Fourchettes de salaire |
Fourchette par niveau ou groupe, fondée sur des données de marché |
Art. 4, 5, 6 |
Total Rewards |
Avant de communiquer les fourchettes aux candidats |
| 6 |
Politique de rémunération |
Critères écrits de rémunération, de niveaux et de progression, accessibles à tous |
Art. 6 |
Total Rewards |
Dès l’application de la loi nationale |
| 7 |
Recrutement |
Fourchette communiquée avant l’entretien, pas de questions sur l’historique salarial, offres non sexistes |
Art. 5 |
Acquisition de talents |
Dès l’application de la loi nationale |
| 8 |
Demandes d’information |
Processus, modèles, suivi du délai de deux mois |
Art. 7 |
Opérations RH |
Dès l’application de la loi nationale |
| 9 |
Information annuelle |
Tous les travailleurs informés chaque année de leur droit à l’information |
Art. 7(3) |
RH |
Chaque année |
| 10 |
Contrats |
Clauses de confidentialité salariale supprimées |
Art. 7(5) |
Juridique |
Dès l’application de la loi nationale |
| 11 |
Analyse des écarts |
Sept indicateurs sur les données 2026, par catégorie, écarts de 5 % ou plus expliqués ou corrigés |
Art. 9, 10 |
Total Rewards, Paie |
Dès maintenant (250+ et 150–249 travailleurs) |
| 12 |
Reporting |
Rapport produit, exactitude confirmée par la direction, communiqué aux travailleurs et à l’autorité |
Art. 9 |
RH, Paie, Direction |
7 juin 2027 (150+) / 7 juin 2031 (100–149) |
| 13 |
Correction |
Budget et plan pour les écarts injustifiés dans les six mois suivant le rapport |
Art. 10 |
RH, Finance |
Dans les 6 mois suivant chaque rapport |
| 14 |
Documentation |
Motifs des décisions salariales consignés et conservés |
Art. 18, 21 |
RH, managers |
En continu |
| 15 |
Formation |
Managers et recruteurs formés, plan de communication aux salariés prêt |
Art. 5, 6, 7 |
RH |
Avant la première fourchette ou le premier rapport |
| 16 |
Accessibilité et données |
Informations accessibles aux personnes handicapées ; règles du RGPD pour les données salariales |
Art. 8, 12 |
RH, DPO |
Dès l’application de la loi nationale |
Erreurs fréquentes dans la préparation
| Erreur |
Pourquoi c’est un problème |
Que faire à la place |
| Attendre la loi nationale |
Le rapport 2027 utilise les données 2026, et combler les écarts prend plusieurs cycles budgétaires |
Analyser dès maintenant les données 2026 et planifier les corrections |
| Ne compter que le salaire de base |
La « rémunération » inclut les composantes variables et les avantages en nature |
Construire le reporting sur la rémunération totale, en distinguant fixe et variable |
| Utiliser les intitulés de poste comme catégories |
Les intitulés reflètent rarement un travail de même valeur |
Fonder les catégories sur une évaluation des emplois non sexiste |
| Fourchettes fixées à partir des offres passées |
Elles reconduisent les écarts existants et s’éloignent du marché |
Construire les fourchettes à partir de données de marché actuelles et de critères documentés |
| Aucun processus de réponse aux demandes |
Le délai de deux mois est court dans une organisation multi-pays |
Mettre en place un processus et des modèles avant l’arrivée des demandes |
| En faire un projet purement RH |
La paie, le juridique, la finance et les représentants des travailleurs ont tous un rôle formel |
Le piloter comme un programme transversal |
La méthodologie de TalentUp explique comment nos benchmarks salariaux sont construits, et l’European Salary Benchmark Report offre une vision plus large des niveaux de rémunération en Europe.
Sources
- TalentUp. Base de données d’offres d’emploi, janvier–septembre 2024 (11,4 millions d’offres) et janvier–septembre 2026 (5,5 millions d’offres) dans 11 pays de l’UE ; parts d’offres avec salaire issues d’un échantillon aléatoire d’environ 7 000 offres avec description complète, janvier–septembre 2026 (voir la méthodologie ci-dessus).
- Parlement européen et Conseil de l’UE. Directive (EU) 2023/970 of 10 May 2023 to strengthen the application of the principle of equal pay for equal work or work of equal value between men and women through pay transparency and enforcement mechanisms. Journal officiel de l’Union européenne, L 132, 17 mai 2023. https://eur-lex.europa.eu/eli/dir/2023/970/oj
- Euronews. EU pay transparency: Are job ads finally getting honest about salaries? (8 septembre 2026). https://www.euronews.com/2026/09/08/eu-pay-transparency-are-job-ads-finally-getting-honest-about-salaries